{"id":1546,"date":"2015-11-17T00:04:11","date_gmt":"2015-11-16T22:04:11","guid":{"rendered":"http:\/\/blog.leonardcohen.de\/?p=1546"},"modified":"2015-11-20T23:42:46","modified_gmt":"2015-11-20T21:42:46","slug":"kw-46-2015-aujordhui-seulement-en-francais-p-o-u-r-le-retour-le-future","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/leonardcohen.de\/?p=1546","title":{"rendered":"KW-46-2015: &#8230; aujord`hui seulement en Francais&#8230; p o u r    LE RETOUR LE FUTURE un article\/ interview avec LEONARD COHEN (1992) par Christof Graf"},"content":{"rendered":"<blockquote>\n<p class=\"rougebig\" align=\"left\">Interview par Christof Graf, Frankfurt, 2 d\u00e9cembre 1992<\/p>\n<p class=\"rougebig\" align=\"left\"><span class=\"rougebig\">Introduction : Avec un regard charg\u00e9 d&#8217;avenir et venant du pass\u00e9\u00a0<\/span><\/p>\n<p class=\"rougebig\" align=\"left\"><a href=\"http:\/\/blog.leonardcohen.de\/wp-content\/uploads\/2015\/11\/leonard-cohen-Un-Eine-hommage-by-christof-graf.jpg\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignnone size-medium wp-image-1548\" src=\"http:\/\/blog.leonardcohen.de\/wp-content\/uploads\/2015\/11\/leonard-cohen-Un-Eine-hommage-by-christof-graf-216x300.jpg\" alt=\"leonard-cohen--Un-Eine-hommage-by-christof-graf\" width=\"216\" height=\"300\" srcset=\"https:\/\/leonardcohen.de\/wp-content\/uploads\/2015\/11\/leonard-cohen-Un-Eine-hommage-by-christof-graf-216x300.jpg 216w, https:\/\/leonardcohen.de\/wp-content\/uploads\/2015\/11\/leonard-cohen-Un-Eine-hommage-by-christof-graf-624x865.jpg 624w, https:\/\/leonardcohen.de\/wp-content\/uploads\/2015\/11\/leonard-cohen-Un-Eine-hommage-by-christof-graf.jpg 646w\" sizes=\"auto, (max-width: 216px) 100vw, 216px\" \/><\/a>Texte de CHRISTOF GRAF, un article du livre: Leonard Cohen &#8211; Un Hommage &#8211; Editions Phi, Luxembourg, 1997.<\/p>\n<\/blockquote>\n<blockquote><p>Il est l&#8217;un des rares compositeurs qui orientent leur cr\u00e9ativit\u00e9, non pas vers ce qui est \u00e0 la mode, mais bien vers ce qui est en eux-m\u00eames. Autrefois, Cohen \u00e9tait consid\u00e9r\u00e9, comme l&#8217;un des po\u00e8tes ayant donn\u00e9, de grandes esp\u00e9rances \u00e0 la g\u00e9n\u00e9ration du flower-power et de nos jours, il est devenu le symbole d&#8217;une \u00e9poque qui se renouvelle sans cesse. Il y a quatre ans, il a prouv\u00e9 qu&#8217;il \u00e9tait rest\u00e9 I&#8217;m your man, et aujourd&#8217;hui, il relance ce d\u00e9fi en intitulant son nouvel album The Future. Si l&#8217;on se met \u00e0 \u00e9couter &#8222;ce document amusant de notre indisposition culturelle actuelle&#8220;, on se rend compte qu&#8217;il y manque surtout cette m\u00e9lancolie d&#8217;habitude si caract\u00e9ristique. Et m\u00eame s&#8217;il v a toujours ces chants r\u00e9citatifs un peu graves et l\u00e9thargiques \u00e9voluant des valses lentes ou m\u00eame des th\u00e9s-dansants, par lesquels il tente de s&#8217;exprimer de fa\u00e7on po\u00e9tique, il faut lui rendre gr\u00e2ce de ne plus trop forcer sur le pessimisme. &#8222;Voil\u00e0 ce que j&#8217;appr\u00e9cie tout particuli\u00e8rement \u00e0 l&#8217;\u00e9poque actuelle; nous continuons \u00e0 vivre comme si de rien n&#8217;\u00e9tait &#8211; et ceci malgr\u00e9 nos \u00e9checs apparents &#8211; parce que nous savons que nous sommes incapables de changer quoi que ce soit \u00e0 notre situation d\u00e9sastreuse&#8220;. <em>Donne-moi du crack et donne-moi du sexe anal, Rends-moi le Mur de Berlin. <\/em><\/p><\/blockquote>\n<p class=\"textcourant\">Voil\u00e0 le bilan prometteur pour l&#8217;avenir, bilan que Cohen dresse \u00e0 partir du pass\u00e9. Mais ce po\u00e8te et chanteur canadien ne se veut le porte-parole ni d&#8217;une solution politique, ni d&#8217;un quelconque message. Bien au contraire, il faut se rendre \u00e0 l&#8217;\u00e9vidence que cet homme, longtemps \u00e9norm\u00e9ment appr\u00e9ci\u00e9 par beaucoup de femmes, pr\u00eate toujours &#8222;un pouvoir salutaire \u00e0 l&#8217;amour, comme le prouvent des chansons comme Light As The Breeze. C&#8217;est une de celles que l&#8217;on peut mettre parmi les Songs of love and hate de Cohen.<\/p>\n<p class=\"textcourant\">Les citations qu&#8217;utilise Cohen sont toujours bien choisies, qu&#8217;il s&#8217;agisse d&#8217;extraits de ses propres textes ou de celles dont il a trouv\u00e9 l&#8217;inspiration chez Dylan, comme Anthem ou encore Everything Is Broken. Mais il refuse de faire du surplace et dit qu&#8217;\u00e0 c\u00f4t\u00e9, de l&#8217;amour, il voit bien &#8222;dans les semences de notre r\u00e9g\u00e9n\u00e9ration qui repoussent les mauvaises herbes de notre pourriture&#8220; la solution \u00e0 tous nos probl\u00e8mes. On retrouve cette id\u00e9e dans sa chanson Democracy. Peu importe alors comment on juge la qualit\u00e9, des textes d&#8217;un grand interpr\u00e8te et compositeur, disons que ses chansons sont avant tout honn\u00eates. &#8222;Honn\u00eates parce que je ne recherche rien d&#8217;autre que l&#8217;honn\u00eatet\u00e9, Selon moi, l&#8217;honn\u00eatet\u00e9, est un appel \u00e0 la tol\u00e9rance&#8220;.<\/p>\n<p class=\"textcourant\">Et en tout, le nouvel album de Cohen &#8211; qui n&#8217;est pas aussi futuriste qu&#8217;il voudrait bien le faire croire &#8211; contient neuf chansons.<\/p>\n<p class=\"textcourant\">L&#8217;une d&#8217;entre elles, Always, est issue de la plume d&#8217;Irving Berlin; une autre, Be For Real. est une reprise de Frederick Knight. Ce qui est absolument inhabituel et peu caract\u00e9ristique de Cohen, c&#8217;est que le dernier morceau est compl\u00e8tement instrumental: il s&#8217;agit de Tacoma Trailer, qui peut \u00eatre consid\u00e9r\u00e9 comme \u00e9tant le point final des id\u00e9es quelque peu d\u00e9senchant\u00e9es d&#8217;un artiste habitu\u00e9, aux po\u00e8mes en chansons.<\/p>\n<p class=\"textcourant\">Pour cet homme \u00e2g\u00e9 de 60 ans, il ne s&#8217;agit pas de savoir si l&#8217;amour prime sur la d\u00e9mocratie. Pour lui, le plus important,, c&#8217;est de survivre. Et quand on l&#8217;interroge sur les dangers que constitue le fascisme, lui le Juif toujours croyant, m\u00eame s&#8217;il ne respecte pas tous les rites impos\u00e9s par sa religion, il r\u00e9pond ne s&#8217;agit pas tant de la renaissance d&#8217;un nouvel Hitler un jour sur la terre, mais bien plus d&#8217;une pr\u00e9disposition des esprits \u00e0 une telle renaissance. En fait, c&#8217;est notre responsabilit\u00e9 individuelle face au pass\u00e9, de l&#8217;humanit\u00e9, qui devrait tous nous inciter \u00e0 la tol\u00e9rance&#8220;.<\/p>\n<p class=\"textcourant\">Cohen ne boit pas, sauf parfois en tourn\u00e9e. Il a renonc\u00e9, au tabac il y a deux ans. Et il y a d\u00e9j\u00e0 quelques ann\u00e9es qu&#8217;il n&#8217;int\u00e9resse plus vraiment les femmes&#8230; Voil\u00e0 sa mani\u00e8re de r\u00e9sumer sa vie priv\u00e9e. La description un peu refroidissante, de son calme int\u00e9rieur actuel, \u00e9ternel retour \u00e0 l&#8217;humour macabre, s&#8217;entend \u00e0 nouveau dans son nouvel album. Les textes en sont, comme toujours, tr\u00e8s po\u00e9tiques. Quant \u00e0 la musique, elle semble plus d\u00e9tendue, plus enjou\u00e9e et plus gaie qu&#8217;autrefois. L&#8217;album The Future peut ainsi \u00eatre consid\u00e9r\u00e9 comme l&#8217;autopsie de l&#8217;existence humaine en cette fin de si\u00e8cle.<\/p>\n<p class=\"soustitre\">Retour vers le futur &#8211; Interview<\/p>\n<p class=\"textcourant\">Leonard Cohen, on s&#8217;en est longtemps moqu\u00e9, dans le milieu des musiciens. Un homme dont la r\u00e9putation venait du fait qu&#8217;il avait compos\u00e9, une sorte d&#8217;internationale pour tous les candidats au suicide. Un homme qui a toujours su se d\u00e9fendre tout seul. En fait, sa d\u00e9fense \u00e9tait constitu\u00e9e par la force des mots, un pouvoir dont il ose \u00e0 merveille. Dans les ann\u00e9es 60 et 70, il \u00e9tait consid\u00e9r\u00e9, comme le po\u00e8te et le chanteur de la g\u00e9n\u00e9ration du flower power.<\/p>\n<p class=\"textcourant\">Aujourd&#8217;hui, il est un des rares compositeurs qui n&#8217;ont nul besoin de faire appel \u00e0 des m\u00e9dias comme MTV pour se faire reconna\u00eetre et \u00e9couter, comme cela se fait pour les artistes d&#8217;un tel niveau.<\/p>\n<p class=\"textcourant\">Qui d&#8217;autre que Cohen pourrait ainsi se permettre le luxe de ne sortir que deux albums au cours d&#8217;une d\u00e9cennie, cinq ann\u00e9es s&#8217;\u00e9tant d\u00e9j\u00e0 \u00e9coul\u00e9es depuis la sortie du dernier, m\u00eame s&#8217;il passe beaucoup de temps \u00e0 peaufiner ses chansons? Il a mis \u00e0 peu pr\u00e8s deux ans \u00e0 rassembler la mati\u00e8re n\u00e9cessaire \u00e0 l&#8217;album The Future.<\/p>\n<p class=\"textcourant\">L Cohen: Il n&#8217;est pas tout \u00e0 fait exact de dire que j&#8217;ai eu besoin de deux ans. Il m&#8217;en a fallu beaucoup plus. Mais je pr\u00e9f\u00e8re ne pas m&#8217;\u00e9tendre sur ce sujet, sinon j&#8217;aurais un peu honte de moi-m\u00eame.<\/p>\n<p class=\"textcourant\"><em>D&#8217;o\u00f9 vient le fait que tu mettes tant de temps \u00e0 composer des chansons? <\/em><\/p>\n<p class=\"textcourant\">L. Cohen: Eh bien, il ne s&#8217;agit pas de poser la question de la gen\u00e8se d&#8217;une chanson en termes de dur\u00e9e, mais bien plus en termes de son droit \u00e0 l&#8217;existence. Et c&#8217;est justement l\u00e0 que je ne m&#8217;autorise pas \u00e0 me simplifier la t\u00e2che, bien que je puisse le faire, de temps en temps. D&#8217;ailleurs, ne pense pas que \u00e7a me plaise! Je souhaite vraiment travailler plus vite, comme Hank Williams par exemple, qui pouvait composer sur le si\u00e8ge arri\u00e8re d&#8217;un taxi. Ou encore comme Dylan, qui m&#8217;a demand\u00e9 &#8211; apr\u00e8s le concert de Paris o\u00f9 il venait d&#8217;interpr\u00e9ter Hallelujah &#8211; combien de temps j&#8217;avais mis pour la composer. Je lui ai r\u00e9pondu qu&#8217;il m&#8217;a fallu pr\u00e8s de deux ans pour la terminer vraiment. Quant \u00e0 lui, il m&#8217;a avou\u00e9 qu&#8217;il avait mis \u00e0 peu pr\u00e8s 15 mn pour I And 1.<\/p>\n<p class=\"textcourant\"><em>Si l&#8217;on compare tes anciennes chansons \u00e0 celles d&#8217;aujourd&#8217;hui, on se rend compte qu&#8217;avant ta voix \u00e9tait beaucoup plus claire, plus haute. <\/em><\/p>\n<p class=\"textcourant\">L. Cohen: Oui, c&#8217;est vrai. Ma voix est devenue plus grave. Une des raisons est certainement les cinquante mille cigarettes et plus dont j&#8217;ai avidement aspir\u00e9, la fum\u00e9e. Il faut y ajouter les gallons de whisky ingurgit\u00e9s. Mais j&#8217;ai arr\u00eat\u00e9 de fumer voici un an et demi et j&#8217;attends depuis que ma voix s&#8217;\u00e9claircisse.<\/p>\n<p class=\"textcourant\"><em>As-tu eu des difficult\u00e9s pour arr\u00eater de fumer, car tu \u00e9tais un gros fumeur? <\/em><\/p>\n<p class=\"textcourant\">L. Cohen: Lorsque j&#8217;ai d\u00e9cid\u00e9 de le faire, apr\u00e8s la mort par cancer du poumon de quelques amis, j&#8217;ai arr\u00eat\u00e9, instantan\u00e9ment.<\/p>\n<p class=\"textcourant\"><em>Es-tu \u00e9galement capable d&#8217;arr\u00eater de boire? <\/em><\/p>\n<p class=\"textcourant\">L. Cohen: I only drink professional &#8211; il m&#8217;arrive de boire quand je suis en tourn\u00e9e. Mais je ne recours jamais \u00e0 l&#8217;alcool pour r\u00e9soudre des probl\u00e8mes. Quand je ne suis pas en tourn\u00e9e, je ne bois jamais. Je bois donc uniquement pour des raisons ..sociales&#8220; ou encore commerciales. Voil\u00e0 d&#8217;ailleurs ce que je r\u00e9p\u00e8te constamment \u00e0 mes musiciens, ne buvez jamais pour oublier vos soucis.<\/p>\n<p class=\"textcourant\"><em>Always, est une chanson d&#8217;Irving Berlin entendue pour la premi\u00e8re fois en 1925. Pourquoi en faire une nouvelle version? <\/em><\/p>\n<p class=\"textcourant\">L. Cohen: C&#8217;\u00e9tait la chanson pr\u00e9f\u00e9r\u00e9e de ma m\u00e8re. De plus, cette chanson \u00e9tait tr\u00e8s populaire, elle a marqu\u00e9 mon enfance chez nous, \u00e0 la maison. Voil\u00e0 la raison de cette reprise.<\/p>\n<p class=\"textcourant\"><em>Cette version n&#8217;est elle pas plus sarcastique? <\/em><\/p>\n<p class=\"textcourant\">L. Cohen: Sans doute, mais je pense qu&#8217;il s&#8217;agit d&#8217;une amertume un peu diff\u00e9rente de celle d&#8217;un sarcasme &#8222;habituel&#8220;. Il me para\u00eet \u00e9vident que l&#8217;on peut chanter les paroles I&#8217;ll be loving you always uniquement si &#8211; malgr\u00e9 la simplicit\u00e9 de la formulation &#8211; elles viennent du plus profond du coeur. Il s&#8217;agirait l\u00e0 bien s\u00fbr du sarcasme de nos propres paroles.<\/p>\n<p class=\"textcourant\"><em>&#8222;Always&#8220; dure un peu plus de huit minutes et est, par cons\u00e9quent, un v\u00e9ritable tube de longue dur\u00e9e. Quand on est attentif \u00e0 l&#8217;atmosph\u00e8re que Cohen sugg\u00e8re, on se rend compte que cette chanson est bien plus que la chanson pr\u00e9f\u00e9r\u00e9e de sa m\u00e8re. Il semble qu&#8217;il y ait tout autre chose cach\u00e9 derri\u00e8re. <\/em><\/p>\n<p class=\"textcourant\">L. Cohen: C&#8217;est juste. Si nous avions enregistr\u00e9 Always comme nous l&#8217;avions jou\u00e9e en studio, elle aurait dur\u00e9, 25 mn. Si je repense \u00e0 cet enregistrement, je me souviens avant tout du cocktail baptis\u00e9 &#8222;Aiguille rouge&#8220; que j&#8217;avais pr\u00e9par\u00e9, pour mes musiciens. \u00e7a nous a tous mis dans un tel \u00e9tat et \u00e7a a cr\u00e9\u00e9 une telle atmosph\u00e8re qu&#8217;on ne pouvait plus s&#8217;arr\u00eater de jouer. C&#8217;\u00e9tait [une atmosph\u00e8re] tellement extraordinaire que lorsque nous en reparlons aujourd&#8217;hui avec mes musiciens, ils me disent encore qu&#8217;ils n&#8217;avaient jamais particip\u00e9, \u00e0 un enregistrement tel que, celui-ci.<\/p>\n<p class=\"textcourant\"><em>Qu&#8217;y avait-il dans ce cocktail? <\/em><\/p>\n<p class=\"textcourant\">L. Cohen: Tequila, jus d&#8217;airelles et diff\u00e9rents fruits.<\/p>\n<p class=\"textcourant\"><em>Donne-moi du crack et du sexe anal, Prends l&#8217;unique arbre qui a surv\u00e9cu et essaie de combler le vide de ta culture, Rends-moi le Mur de Berlin, donne-moi Staline et Saint Paul, J&#8217;ai vu l&#8217;avenir, mon fr\u00e8re, il est sanglant. <\/em><\/p>\n<p class=\"textcourant\"><em>Voil\u00e0 l&#8217;un des choeurs de la chanson titre de l&#8217;album The Future qui a l&#8217;air relativement pessimiste, quand la plus grande partie de la musique de cet album est plus optimiste et positive. <\/em><\/p>\n<p class=\"textcourant\">L. Cohen: Dans l&#8217;album The Future, j&#8217;ai voulu faire ressortir davantage ce qui se cache derri\u00e8re le pessimisme. En principe, il ne sert qu&#8217;\u00e0 attendre le grain. Quant \u00e0 moi, je me suis compl\u00e8tement fondu dans cette chanson. C&#8217;est la danse sur un volcan \u00e9teint que je d\u00e9cris ici. C&#8217;est la danse du futur que j&#8217;ai mise en musique. Ainsi, m\u00eame si les paroles ont l&#8217;air d&#8217;\u00eatre pessimistes, la musique va de pair avec cette danse. Le texte et la musique ne font qu&#8217;un, tout comme l&#8217;air qu&#8217;on respire est compos\u00e9, d&#8217;hydrog\u00e8ne et d&#8217;oxyg\u00e8ne.<\/p>\n<p class=\"textcourant\">Celui qui veut comprendre cet album n&#8217;a qu&#8217;\u00e0 respirer.<\/p>\n<p class=\"textcourant\"><em>Quelle a \u00e9t\u00e9 la chanson compos\u00e9e le plus rapidement? <\/em><\/p>\n<p class=\"textcourant\">L. Cohen: Il n&#8217;y en a eu qu&#8217;une seule: il s&#8217;agit de Sisters Of Mercy, une des chansons de mon premier album. La musique, je l&#8217;ai eue rapidement en t\u00eate. A cette \u00e9poque, j&#8217;avais \u00e9t\u00e9, pris dans une temp\u00eate de neige \u00e0 Adminton, au Canada. J&#8217;avais rencontr\u00e9, \u00e0 cette occasion deux jeunes filles que j&#8217;ai conduites jusqu&#8217;\u00e0 mon h\u00f4tel et qui y sont rest\u00e9es pour la nuit. Pendant ce temps, je regardais tomber la neige par la fen\u00eatre, et le lendemain je leur ai jou\u00e9 cette chanson quand elles se sont r\u00e9veill\u00e9es. Je n&#8217;y ai jamais apport\u00e9, le moindre changement depuis. Voil\u00e0, d&#8217;apr\u00e8s mes souvenirs, quelle est la chanson que j&#8217;ai compos\u00e9e le plus rapidement.<\/p>\n<p class=\"textcourant\"><em>Dans la chanson Closing Time, il y a des allusions \u00e0 l&#8217;amour charnel avec les femmes. La relation de Cohen avec les femmes aurait-elle chang\u00e9 ces derni\u00e8res ann\u00e9es? <\/em><\/p>\n<p class=\"textcourant\">L. Cohen: Rien n&#8217;a chang\u00e9, mis \u00e0 part le fait qu&#8217;elles ne s&#8217;int\u00e9ressent plus gu\u00e8re \u00e0 moi&#8230; &#8211; et il ajoute ironiquement &#8211; Mais de toute fa\u00e7on, pour un homme de mon \u00e2ge, la sexualit\u00e9, ne joue plus un grand r\u00f4le.<\/p>\n<p class=\"textcourant\"><em>Vous semblez avoir renonc\u00e9 cette fois-ci \u00e0 toute coquetterie dans la description de l&#8217;amour. Dans la chanson Closing Time, vous d\u00e9crivez le sentiment amoureux comme quelque chose qui balance entre amour et haine, comme de marcher sur une cr\u00eate o\u00f9 d&#8217;un c\u00f4t\u00e9 se trouverait l&#8217;amour et de l&#8217;autre la haine. <\/em><\/p>\n<p class=\"textcourant\">L. Cohen: Bon, je pense que le message de cette chanson n&#8217;est autre que celui-ci: tout ce qu&#8217;il y a eu jusqu&#8217;\u00e0 pr\u00e9sent doit \u00eatre oubli\u00e9, effac\u00e9, des m\u00e9moires et il faut repartir \u00e0 z\u00e9ro, peu importe ce qui s&#8217;est pass\u00e9 avant. Mais il ne faut pas penser que le remords ou les regrets sont au premier plan. Non, c&#8217;est bien plus le pardon qui me semble essentiel. M\u00eame si on aime toujours, tout est termin\u00e9. Cela rappelle \u00e9trangement une sorte de libert\u00e9, mais cela ressemble bien plus \u00e0 la mort. Peu importe ce qu&#8217;elle a \u00e9t\u00e9, mais la r\u00e9volution sexuelle, aujourd&#8217;hui, c&#8217;est fini.<\/p>\n<p class=\"textcourant\">Je suis d&#8217;avis que si l&#8217;on partage la vie de quelqu&#8217;un et qu&#8217;on est amoureux de cette personne, il faut n\u00e9anmoins savoir que l&#8217;amour et la haine sont les deux composantes de cette vie commune. Il ne faut plus ni aimer ni ha\u00efr pour pouvoir pardonner. Je suis persuad\u00e9, que le mariage ou tout autre forme de contrat entra\u00eenent la mort de l&#8217;amour, constituent son mausol\u00e9e. Le v\u00e9ritable amour n&#8217;existe que si l&#8217;on se sent libre de l&#8217;amour. Il ne faut pas se sentir emprisonn\u00e9, restreint dans ses libert\u00e9s.<\/p>\n<p class=\"textcourant\"><em>Quant \u00e0 Light As The Breeze, cette chanson parle d&#8217;amour et de haine; c&#8217;est une autopsie un peu farfelue d&#8217;une relation amoureuse, qui ne parvient \u00e0 se r\u00e9g\u00e9n\u00e9rer que gr\u00e2ce \u00e0 la force et \u00e0 l&#8217;impact de l&#8217;acte sexuel. L&#8217;amour et la haine, la guerre qui oppose les sexes ont toujours \u00e9t\u00e9 un de vos sujets favori. Toutes les descriptions que vous faites des relations amoureuses font n\u00e9cessairement penser \u00e0 un sadomasochisme v\u00e9cu. <\/em><\/p>\n<p class=\"textcourant\">L. Cohen: Tout d\u00e9pend qui est sadique et qui est masochiste. Ce genre de r\u00e9flexions me pla\u00eet \u00e9norm\u00e9ment.<\/p>\n<p class=\"textcourant\"><em>Cette r\u00e9ponse est \u00e9galement tr\u00e8s instructive. Le plus important \u00e9tant de toujours chercher et relever les &#8222;diamants&#8220; dans ces entretiens. <\/em><\/p>\n<p class=\"textcourant\">L. Cohen: Le travail dans une mine de diamants est extr\u00eamement dur!<\/p>\n<p class=\"textcourant\"><em>Mais il en vaut sans doute le coup. <\/em><\/p>\n<p class=\"textcourant\">L. Cohen: Dans Light As The Breeze, j&#8217;essaie non seulement de d\u00e9crire le pouvoir immense que peut prendre la sexualit\u00e9, mais \u00e9galement le m\u00e9canisme qui se retrouve dans les relations humaines entre les deux sexes. Un m\u00e9canisme qui nous concerne tous, parce que nous sommes tout simplement incapables de vivre uniquement gr\u00e2ce \u00e0 une symbiose entre le coeur et la raison. Personnellement, j&#8217;ai d\u00e9couvert une certaine r\u00e9gularit\u00e9 dans ce m\u00e9canisme: chaque fois que l&#8217;on cherche quelque chose, on ne le trouve pas. Pendant cette recherche, on tombe sur quelque chose qu&#8217;on n&#8217;avait pas pr\u00e9vu, et cette autre chose devient motif \u00e0 satisfaction. Ainsi par exemple ce matin, pendant que j&#8217;essayais vainement de retrouver ma chemise noire, j&#8217;ai retrouv\u00e9 mes lunettes. Je me suis alors content\u00e9 de cela en me disant que je n&#8217;avais peut-\u00eatre pas ma chemise noire pour la mettre, mais que gr\u00e2ce \u00e0 mes lunettes, j&#8217;allais pouvoir voir ce qui se passait autour de moi. Si j&#8217;applique ce raisonnement \u00e0 mon nouvel album The Future, je me rends compte que c&#8217;est d&#8217;apr\u00e8s ce m\u00eame m\u00e9canisme qu&#8217;il faut l&#8217;interpr\u00e9ter. Si tout ce qui nous entoure devient noir et sans espoir, il ne faut pas oublier que quelque part se trouve quand m\u00eame toujours un minimum de raisons d&#8217;esp\u00e9rer.<\/p>\n<p class=\"textcourant\">Ainsi, si l&#8217;on pense avoir perdu l&#8217;amour, on apprend vite que c&#8217;est un sentiment irrempla\u00e7able. Malgr\u00e9 tout, quelque chose va arriver qui nous donnera beaucoup, m\u00eame si l&#8217;on en attendait peu. Il ne faut tout simplement jamais s&#8217;arr\u00eater de chercher.<\/p>\n<p class=\"textcourant\"><em>Beaucoup de femmes se sont passionn\u00e9es pour vous, de vraies exalt\u00e9es. Vous est-il arriv\u00e9 d&#8217;aimer deux femmes \u00e0 la fois? <\/em><\/p>\n<p class=\"textcourant\">L. Cohen: S&#8217;agit-il d&#8217;une question purement technique?<\/p>\n<p class=\"textcourant\"><em>Il s&#8217;agirait plut\u00f4t d&#8217;une question relativement indiscr\u00e8te, car touchant \u00e0 votre intimit\u00e9. <\/em><\/p>\n<p class=\"textcourant\">L. Cohen: Vivre deux relations parall\u00e8les, cela m\u00e8ne in\u00e9vitablement \u00e0 la confusion, chose d\u00e9testable que je ne peux imaginer, si ce n&#8217;est pour cette m\u00eame raison.<\/p>\n<p class=\"textcourant\"><em>Vous passez toujours pour \u00eatre le grand solitaire en costume noir qui parle, dans vos chansons, de la solitude. Etes-vous vraiment solitaire? <\/em><\/p>\n<p class=\"textcourant\">L. Cohen: Oui, bien s\u00fbr! Je fais comme tout le monde, car si nous n&#8217;avions pas nos exp\u00e9riences personnelles, nous ne pourrions jamais imaginer comment les autres r\u00e9agissent dans une situation analogue. Si nous nous sentons seuls, nous avons tendance \u00e0 aller \u00e0 la rencontre des autres. Pour peu que j&#8217;aie pu apprendre \u00e0 vivre avec ma solitude, elle a d\u00fb devenir pour moi une sorte de compassion et donc aussi de moteur, une sorte de ressort pour toutes sortes d&#8217;activit\u00e9s dans le domaine social.<\/p>\n<p class=\"textcourant\"><em>La solitude, les femmes, la guerre, la religion, la m\u00e9lancolie et le cynisme sont au coeur de la th\u00e9matique de votre travail. Peut-on affirmer que m\u00e9lancolie et cynisme sont les deux composantes qui vous permettent de survivre? <\/em><\/p>\n<p class=\"textcourant\">L. Cohen: Je ne pense pas que le terme m\u00e9lancolie soit appropri\u00e9.<\/p>\n<p class=\"textcourant\"><em>Et si l&#8217;on exclut les bons c\u00f4t\u00e9s de la m\u00e9lancolie &#8230; ? <\/em><\/p>\n<p class=\"textcourant\">L. Cohen: &#8230; Sur lesquels nous ne reviendrons plus, si j&#8217;ai bien compris. N\u00e9anmoins je suis persuad\u00e9 que m\u00e9lancolie, ce n&#8217;est pas le terme appropri\u00e9 pour d\u00e9crire ce qui nous int\u00e9resse. La m\u00e9lancolie, c&#8217;est un \u00e9tat d&#8217;\u00e2me, et non une philosophie de survie. Je suis d&#8217;avis que dans mon nouvel album, il n&#8217;y a pas trace de m\u00e9lancolie. D&#8217;ailleurs, les dimensions que prennent la m\u00e9lancolie sont telles qu&#8217;on ne peut plus les d\u00e9crire. En tout cas, elles d\u00e9passent de beaucoup le cadre d&#8217;une chanson ou d&#8217;un album. Quant au cynisme, il est beaucoup trop destructeur pour \u00eatre d&#8217;une quelconque utilit\u00e9 dans la question de la survie.<\/p>\n<p class=\"textcourant\"><em>Parler de Cohen incite toujours \u00e0 poser un certain nombre de questions sur le pass\u00e9. Le contenu de vos textes incite toujours \u00e0 se poser des questions sur l&#8217;homme qui est derri\u00e8re ce travail. Tout le monde vous pose des questions trop directes. Est-ce que cela ne vous d\u00e9range pas? <\/em><\/p>\n<p class=\"textcourant\">L. Cohen: Comme je l&#8217;ai d\u00e9j\u00e0 dit, je ne vis pas au pass\u00e9. Et puis, les questions qui me sont pos\u00e9es ici ne ressemblent pas \u00e0 celles pos\u00e9es par &#8222;tout le monde&#8220;. Tout d\u00e9pend de la fa\u00e7on dont on se parle. Ici par exemple, je me rends compte qu&#8217;il y a une id\u00e9e tr\u00e8s pr\u00e9cise sur la mani\u00e8re dont doit se d\u00e9rouler l&#8217;entretien. J&#8217;ai moi aussi des attentes, qui semblent \u00eatre combl\u00e9es au cours de cette interview: il y a des questions et puis il y a mes r\u00e9ponses. Aussi longtemps que nos attentes se compl\u00e8tent, cela ne me d\u00e9range nullement.<\/p>\n<p class=\"textcourant\"><em>Vous venez de f\u00eater votre 60e anniversaire. Dylan, lui, a f\u00eat\u00e9 ses 50 ans il y a deux ans. Quant \u00e0 Joan Baez, Joni Mitchell, Neil Young, Van Morrison, etc., tous sont des compositeurs qui ont largement influenc\u00e9 l&#8217;histoire et l&#8217;\u00e9volution du rock et de la pop. Etes-vous d&#8217;avis de dire que l&#8217;influence de toutes ces personnes est rest\u00e9e la m\u00eame, gr\u00e2ce \u00e0 leur succ\u00e8s d&#8217;il y a pr\u00e8s de vingt ans? <\/em><\/p>\n<p class=\"textcourant\">L. Cohen: Je ne sais pas si on peut le formuler ainsi. Disons que \u00e7a me fait plaisir d&#8217;entendre parler d&#8217;eux et de leur travail. La popularit\u00e9 de leurs noms est loin d&#8217;en \u00eatre la seule raison. Ce sont des \u00eatres humains comme nous, qui vieillissent et continuent \u00e0 nous accompagner dans notre vie quotidienne, comme de vieux amis ou de vieilles connaissances, gr\u00e2ce \u00e0 leur travail. On s&#8217;int\u00e9resse \u00e0 eux, c&#8217;est ainsi qu&#8217;ils deviennent des familiers. J&#8217;aime entendre parler de Joni Mitchell, m\u00eame s&#8217;il faut bien reconna\u00eetre qu&#8217;elle est sous-estim\u00e9e. J&#8217;aime \u00e9galement bien Bob Dylan, malgr\u00e9 le fait qu&#8217;il se soit mis au repos total, au lieu de faire une petite pause. En principe, Dylan n&#8217;est plus oblig\u00e9, d&#8217;\u00e9crire de nouvelles chansons. Mais je pense qu&#8217;il lui est impossible d&#8217;arr\u00eater de transmettre les messages que nous connaissons si bien de lui. Tout ceci n&#8217;a bien s\u00fbr plus la m\u00eame importance qu&#8217;il y a vingt ou trente ans, \u00e7a vient du fait que je ne souhaite pas les voir sortir de ma vie, tout comme beaucoup d&#8217;autres encore.<\/p>\n<p class=\"textcourant\"><em>Democracy, voil\u00e0 le titre d&#8217;une autre chanson de ce nouvel album qui semble entretenir des liens tr\u00e8s forts avec les ann\u00e9es soixante. Elle ressemble \u00e9trangement \u00e0 une chanson qui parle &#8222;d&#8217;une guerre men\u00e9e contre la guerre&#8220;. A l&#8217;\u00e9poque, les Etats-Unis devaient faire face \u00e0 d&#8217;\u00e9normes changements, tout comme cela semble \u00eatre le cas aujourd&#8217;hui. Faut-il y appliquer le vers &#8222;Democracy is coming to the USA \/ La d\u00e9mocratie arrive aux Etats-Unis&#8220;, ou faut-il y voir une nouvelle croisade du &#8222;Field commander Cohen&#8220;, pour reprendre une expression de l&#8217;album de 1974, New Skin Of The Old Ceremony? <\/em><\/p>\n<p class=\"textcourant\">L. Cohen: Tout d&#8217;abord, je suis tr\u00e8s fier qu&#8217;on se souvienne encore du titre que j&#8217;endossais \u00e0 l&#8217;\u00e9poque. Mais il faut rappeler que j&#8217;ai \u00e9crit cette chanson bien avant l&#8217;arriv\u00e9e au pouvoir et l&#8217;\u00e9lection de Clinton \u00e0 la pr\u00e9sidence des Etats-Unis. Je l&#8217;ai \u00e9crite imm\u00e9diatement apr\u00e8s la chute du Mur de Berlin, car j&#8217;avais compris que les hommes vivaient une nouvelle prise de conscience des choses. On parlait sans cesse du processus de d\u00e9mocratisation \u00e0 l&#8217;Est. Moi, je me suis demand\u00e9 par o\u00f9 allait arriver cette d\u00e9mocratisation. La d\u00e9mocratie ne surgit-elle pas de partout \u00e0 la fois, et ne vantelle pas partout? Alors, pourquoi ne pas commencer par les Etats-Unis?<\/p>\n<p class=\"textcourant\"><em>Ne peut-on pas pr\u00e9tendre que cinq ans auparavant, Cohen avait d\u00e9j\u00e0 et sous une forme analogue \u00e9mis la m\u00eame opinion dans sa chanson First We Take Manhattan, Then We Take Berlin? <\/em><\/p>\n<p class=\"textcourant\">L. Cohen: First We Take Manhattan, Then We Take Berlin, c&#8217;est une chanson \u00e9crite pour tous ceux qui ne sont pas repr\u00e9sent\u00e9s, ni par les politiciens ni par quelques leaders d&#8217;opinion tels les pr\u00eatres ou les scientifiques. C&#8217;est une exhortation pour que tous ces hommes prennent eux-m\u00eames le contr\u00f4le de leur vie, pour qu&#8217;ils parviennent \u00e0 la ma\u00eetriser, m\u00eame sans ces repr\u00e9sentants. Et pour en revenir \u00e0 mon combat, je tiens \u00e0 souligner que je le m\u00e8ne toujours. Mes &#8222;forces arm\u00e9es&#8220; n&#8217;arr\u00eatent pas de se d\u00e9velopper. Mes buts et mes intentions sont clairs l\u00e0-dessus.<\/p>\n<p class=\"textcourant\"><em>Quels sont ces buts? <\/em><\/p>\n<p class=\"textcourant\">L. Cohen: La victoire!<\/p>\n<p class=\"textcourant\"><em>Suzanne a \u00e9t\u00e9 un succ\u00e8s mondial en d\u00e9but de votre carri\u00e8re. Elle est toujours rest\u00e9e aussi populaire. Rares sont ceux cependant qui savent qu&#8217;il ne parle pas de la m\u00e8re de vos deux enfants, Adam et Lorca, qui s&#8217;appelle \u00e9galement Suzanne. Alors, de qui s&#8217;agit-il? N&#8217;est-ce pas un hymne \u00e0 l&#8217;amour de cette femme, qui figure e. a. \u00e0 votre c\u00f4t\u00e9 sur l&#8217;album Death Of A Ladies Man, sorti en 1977? Qui est-elle, et quelles ont \u00e9t\u00e9 les raisons d&#8217;\u00e9crire cette chanson? <\/em><\/p>\n<p class=\"textcourant\">L. Cohen: La r\u00e9ponse est tr\u00e8s simple. Cette Suzanne est la femme d&#8217;un de mes amis. Lorsque j&#8217;ai compos\u00e9, cette chanson, assis au bord d&#8217;une rivi\u00e8re \u00e0 Montreal, j&#8217;ai cherch\u00e9, un personnage dont je pourrai parler (et Cohen de citer quelques phrases de cette chanson, tr\u00e8s riche en images). Apr\u00e8s que cette femme soit pass\u00e9e me rendre visite au bord du fleuve en m&#8217;apportant du th\u00e9 et des oranges, j&#8217;ai alors su de qui allait parler cette chanson.<\/p>\n<p class=\"textcourant\"><em>Entretenez-vous toujours des rapports avec l&#8217;autre Suzanne repr\u00e9sent\u00e9e sur la couverture de l&#8217;album Death Of A Ladie&#8217;s Man? <\/em><\/p>\n<p class=\"textcourant\">L. Cohen: Mes enfants Adam (19 ans) et Lorca (17) continuent \u00e0 vivre avec elle \u00e0 Paris. Quant \u00e0 moi, je n&#8217;entretiens pas plus de relations avec elle que tous les couples qui ont eu des enfants et qui se sont s\u00e9par\u00e9s depuis de nombreuses ann\u00e9es.<\/p>\n<p class=\"textcourant\"><em>Y a-t-il quelque chose que vous aimeriez pouvoir changer dans votre vie si vous en aviez la possibilit\u00e9? Y aurait-il m\u00eame quelque chose dont vous auriez honte? <\/em><\/p>\n<p class=\"textcourant\">L. Cohen: Le repentir n&#8217;a rien \u00e0 y voir, mais je pense que de toute mani\u00e8re, ces choses ne doivent pas \u00eatre abord\u00e9es dans ce genre d&#8217;entretien. Il y aurait beaucoup trop \u00e0 en dire pour les r\u00e9sumer par quelques mots on par quelques phrases.<\/p>\n<p class=\"textcourant\"><em>Au cours de toute cette p\u00e9riode d&#8217;absence, depuis I&#8217;m Your Man et parall\u00e8lement \u00e0 la compilation de vos succ\u00e8s I&#8217;m Your Fan, il y a eu une autre pi\u00e8ce ma\u00eetresse sur le disque le plus r\u00e9cent de Was Not Was: vous chantez Elvis&#8217;Rolls Royce. Comment peut-on expliquer une telle association et peut-on encore esp\u00e9rer quelque chose de ce genre? <\/em><\/p>\n<p class=\"textcourant\">L. Cohen: J&#8217;ai rencontr\u00e9 Don Was au cours d&#8217;unir \u00e9mission \u00e0 la t\u00e9l\u00e9, am\u00e9ricaine. Chacun connaissait le travail de l&#8217;autre et nous avions de l&#8217;estime mutuelle. Qui plus est, nous avons sympathis\u00e9 imm\u00e9diatement et d\u00e9cid\u00e9, de faire une chanson ensemble. Le travail en commun fonctionnait \u00e0 merveille -j&#8217;avais d&#8217;ailleurs souhait\u00e9, que nous travaillions ensemble pour l&#8217;album The Future, et la seule chose qui allait nous emp\u00eacher de renouveler l&#8217;exp\u00e9rience de ce genre d&#8217;initiative, c&#8217;est le fait que Was travaille tr\u00e8s vite. Moi par contre, je mets beaucoup plus de temps, de que l&#8217;on peut toujours constater.<\/p>\n<p class=\"textcourant\"><em>A c\u00f4t\u00e9 des romans, po\u00e8mes et chansons, vous avez \u00e9galement \u00e9crit le texte d&#8217;un op\u00e9ra-rock (Night Magic, produit par Lewis Furey), le sc\u00e9nario pour un film vid\u00e9o (I&#8217;m A Hotel), film pour lequel vous avez obtenu la Rose d&#8217;Or au festival de Montreux. Vous avez m\u00eame jou\u00e9 dans un \u00e9pisode de Miami Vice. Vous t\u00e2tez aussi de l&#8217;aquarelle (water color portfolios), Que pensent vos enfants au sujet de leur p\u00e8re? <\/em><\/p>\n<p class=\"textcourant\">L. Cohen: Je crois qu&#8217;ils s&#8217;en pr\u00e9occupent nettement moins que ceux qui veulent savoir ce qu&#8217;ils pensent de moi&#8230; Ma fille Lorca a un anneau \u00e0 travers la langue et les cheveux teints en bleu, elle entretient certainement plus de rapports avec ma musique qu&#8217;Adam, qui s&#8217;int\u00e9resse avant tout \u00e0 la Black-Dance et qui ne sait pas trop quoi faire de la g\u00e9n\u00e9ration des &#8222;grateful-deads&#8220;. Quant \u00e0 Lorca, elle a plut\u00f4t une pr\u00e9dilection pour le folk et le rock. Elle pr\u00e9f\u00e8re nettement The Future \u00e0 l&#8217;album l&#8217;m Your Man.<\/p>\n<p class=\"textcourant\"><em>Est-ce que vous croyez \u00e0 une vie apr\u00e8s la mort? <\/em><\/p>\n<p class=\"textcourant\">L. Cohen: Non, pas au sens classique du terme.<\/p>\n<p class=\"textcourant\"><em>Alors dans quel sens? <\/em><\/p>\n<p class=\"textcourant\">L. Cohen: Bien s\u00fbr, la mort met un terme d\u00e9finitif \u00e0 tous les probl\u00e8mes de l&#8217;existence. Mais je me demande si apr\u00e8s la mort. on peut vraiment vivre une existence exempte de tous probl\u00e8mes. J&#8217;en doute beaucoup.<\/p>\n<p class=\"textcourant\">Texte de CHRISTOF GRAF, un article du livre: Leonard Cohen &#8211; Un Hommage &#8211; Editions Phi, Luxembourg, 1997.<\/p>\n<p class=\"textcourant\">More en francais &#8230;. visit\u00e8 les files Francais par Patrice Clos et Oliver Mory:<\/p>\n<p class=\"textcourant\"><a href=\"http:\/\/www.leonardcohensite.com\/\"><span style=\"color: #ff6a22;\"><span style=\"font-family: Arial;\"><strong><span style=\"font-size: xx-large;\">Leonard Cohen &#8211; Site francophone<br \/>\n<\/span><\/strong><span style=\"font-size: large;\">(aka French Leonard Cohen site)<\/span><\/span><\/span><\/a><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Interview par Christof Graf, Frankfurt, 2 d\u00e9cembre 1992 Introduction : Avec un regard charg\u00e9 d&#8217;avenir et venant du pass\u00e9\u00a0 Texte de CHRISTOF GRAF, un article du livre: Leonard Cohen &#8211; Un Hommage &#8211; Editions Phi, Luxembourg, 1997. Il est l&#8217;un des rares compositeurs qui orientent leur cr\u00e9ativit\u00e9, non pas vers ce qui est \u00e0 la [&hellip;]<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[1],"tags":[],"class_list":["post-1546","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-allgemein"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/leonardcohen.de\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/1546","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/leonardcohen.de\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/leonardcohen.de\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/leonardcohen.de\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/leonardcohen.de\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=1546"}],"version-history":[{"count":6,"href":"https:\/\/leonardcohen.de\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/1546\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":1553,"href":"https:\/\/leonardcohen.de\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/1546\/revisions\/1553"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/leonardcohen.de\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=1546"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/leonardcohen.de\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=1546"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/leonardcohen.de\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=1546"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}